mercredi 29 juillet 2015

100 graines d'idées #38: Racontez-moi votre tout premier souvenir ?

ouhhhh....


Mes tout premiers souvenirs (sans tricher)
Plus j’essaie de les attraper, plus ils s’éloignent.

C’est flou.
Il y en a plusieurs. Un mélange de couleurs et d’images.
Il y a le vernis à ongles rouge d’Albert, qu’il avait amené pendant la sieste.
Il y a le « Saperlipopette ! » de Marie-Thérèse en colère lorsqu’elle nous a découverts au lever tout peinturlurés.
Il y a 2 cygnes : un Pipo et une Caroline auxquels on allait donnait du pain avec ce papi italien qui roulait les R à en faire trrrembler la terre.
Il y a cette robe rose à fleurs bleues que je ne quittais jamais, et ces grands champs verts que je traversais.
Il y a la nappe rouge à carreaux pour les pique-niques improvisés.
Et la glacière orange et blanc.
Il y a l’araignée collée au plafond quand j’étais en haut dans les lits superposés.
Il y a la lune qui me suivait les longues nuits de voyages.
C’est flou.
Il y en a plusieurs. Un mélange d’images et de couleurs.


mardi 28 juillet 2015

100 graines d’idées # 37 chez Alice: 
choisir un arbre près de chez vous et inventez la personne qui l’a planté

voici mon arbre...
L’arbre 

L’arbre est immense.
Au printemps, il s’étire jusqu’au soleil.
L’été, il frémit dans le vent.
L’automne, il se dénude avec pudeur.
Et l’hiver, il abrite les rires des enfants.

et mon texte :

Paul

Je me souviens… petit, je l’enlaçais et lui racontais mes secrets.
On rêvait tous les deux de cabane en hauteur.

L’arbre a toujours été là, au milieu du jardin.
J’imagine qu’il a été planté par grand-père une soirée fraîche d’automne.
Comme je le connais, il a certainement du réunir la famille pour définir l’emplacement précis du nouveau venu.
Tout a été pensé, mesuré, calculé.
Du premier coup de pioche au dernier coup de pelle.
Chaque mètre de jardin aura été étudié.
Chaque carré de terre, analysé.
La distance exacte entre la maison et la barrière.
Le sens du vent.
Et même la rotation de la Terre afin d’orienter parfaitement sur le jardin l’ombre de ce futur géant.

Grand-père était méticuleux, on ne refait pas un ancien coucoutier.
C’est comme ça qu’il nommait son métier. Ça le faisait marrer.
Il fabriquait les coucous suisses  à la Maison du Coucou.
Il était minutieux, le plus soigneux de tous les ouvriers. On le réclamait dès qu’il y avait un pépin, un grain de sable dans l’engrenage. Il s’y connaissait en mécanique, mouvements et autres réglages.
C’était un passionné du coucou. Un dingue de l’horlogerie, un frappé de la pendule !

A la maison, il était aussi précis qu’au travail.
Il distribuait la soupe de façon équitable : une louche un quart par personne. Pas plus ! Pas moins !
Il tranchait la baguette au centimètre.
Et alignait les haricots dans les assiettes.

Mais c’était un drôle surtout !
Il racontait des blagues à longueur de journée. Souvent les mêmes, j’en conviens.
Moi, je rigolais, je rigolais !
Ça énervait Mémé ses vieilles blagues périmées.
« Change de disque mon vieux René ! » qu’elle lui disait.
Et lui il continuait…

Je l’imagine autour de l’arbre avec son mètre et ses blagues à l’ancienne.
Et les autres autour qui devaient s’impatienter…
J’aurais aimé voir ça !

Le coucou

Voici mon chez moi. 
Enfin pas uniquement le mien, je ne suis pas assez vieux, mais avant moi, celui de mes parents, mes grands-parents et mes arrières grands-parents.

L’arbre, je le connais par cœur. Ses moindres plis, ses moindres recoins.
La branche un peu tordue là par exemple : c’est celle qui a vu le plus de fesses en l’air !  Tous les jours quand elle était jeune, elle a eu droit à son cochon pendu. Ça l’a d’ailleurs fait pousser de travers. Et croyez-moi, y’avait de quoi !

Ici vit Mimi, la belle mésange bleue. Je lui fais bien de l’œil de temps en temps. Mais je crois qu’elle s’est entichée du grand Jojo de l’étage du dessus. Et là, je peux pas lutter, j’ai beau chanter, je reste court sur pattes. Je ne suis, après tout, qu’un vulgaire coucou.

On est nombreux à avoir élu domicile dans l’arbre. Depuis qu’il a poussé, sa population n’a cessé de s’agrandir. Faut dire qu’il est bien orienté, bien exposé et qu’il se plait bien au milieu de ce jardin. Comme si il avait été planté là, exprès.

Là en bas, c’est Paul.
La petite quarantaine, la mélancolie en bandoulière.
Il vient toutes les semaines se recueillir sous l’arbre et murmurer ses prières.

Il s’est épris de cet arbre comme on s’éprend d’une femme.
Je lui chante souvent d’aller voir ailleurs, qu’il ne trouvera pas ici l’âme sœur, mais il ne comprend rien.
Il s’accroche à cet arbre comme on s’attache à une mère.
Il s’agrippe à cet arbre comme on se cramponne à un père.

Il reste assis, contemplatif et rêveur pendant des heures.
Il pense que c’est son grand-père qui a planté le petit pied végétal.
Alors il croit au lien du sang, à la transmission générationnelle, à la filiation et à l’héritage.
L’arbre c’est sa famille en somme. Ils porteraient tous les deux le même patrimoine, le même passé, la même histoire.

Je ne comprends pas tout, je ne suis qu’un coucou…
Mais s’il savait le pauvre Paul que cet arbre est simplement né d’une petite graine ingérée, d’un visqueux excrément et d’un heureux coup de vent !

lundi 27 juillet 2015

100 graines d'idées #36un haïku !

exercice difficile... 
- une répartition des syllabes en 5/7/5
- une référence à la nature
- une émotion
 
je crois que le compte y est (en trichant un peu...:)

Au bord de la nuit
L’étoile soupire et s’éteint
Le jour bleu se lève.

100 graines d'idées #34 chez Alice: L'histoire de M. Autrui

Drôle de temps !

Monsieur Autrui porte un chapeau bas,
des lunettes rondes,
des moustaches qui s’enroulent,
un beau papillon vert un peu de travers
et un merveilleux sourire tout au long de l’année.

Madame Ego porte une frange raide,
une mine chiffonnée,
une bouche cerise,
un foulard coquelicot en cas de petite bise,
et un air pincé tout au long de l’année.

Tous les matins Monsieur Autrui roule à vélo sur la rive gauche.
Tous les matins Madame Ego roule à mobylette sur la rive droite.

Ils se croisent sur le pont gris.
A l’aller comme au retour, le chapeau bas s’incline devant le foulard coquelicot.
A l’aller comme au retour, la bouche cerise reste figée sur sa mobylette sans un sourire pour les moustaches qui s’enroulent et les rondes lunettes.

Aujourd’hui, le vent défrise les moutons et soulève les jupons.
Sur la rive gauche Monsieur Autrui se plie sur son vélo.
Sur la rive droite Mademoiselle Ego se courbe sur son guidon.

Soudain, le vent dénoue un foulard et emporte un chapeau.

Oh !
Ah !
Les lunettes rondes s’étonnent.
La bouche cerise est surprise.

Monsieur Autrui porte maintenant le foulard coquelicot.
Et Mademoiselle Ego le chapeau bas.

Et lorsqu’ils se croisent sur le pont gris, pour la première fois, Madame Ego sourit.
« Drôle de temps ! » s’exclament-ils à l’unisson.

Depuis ce jour de vent, où Madame Ego a remarqué Monsieur Autrui, il s’est passé un an, 2 jours et 3 nuits.

Ce matin, Madame Ego roule à bicyclette sur la rive gauche.
Elle porte la frange longue,
La mine fleurie,
Le sourire soleil,
Et son foulard coquelicot autour de son petit ventre rond.

A ses côtés, le sourire aux lèvres, Monsieur Autrui sifflote sur son vélo,
Il porte le chapeau bas, les lunettes rondes, les moustaches qui s’enroulent, et son beau papillon vert n’est plus jamais de travers.